Le challenge de la randonnée de Cascade Saddle

Pour notre première randonnée dans le parc national du mont Aspiring, on s’attaque à un gros morceau : Cascade Saddle. La randonnée de Cascade Saddle passe par le mont Pylon et fait partie d’un trek reliant la vallée de West Matukituki et celle de la Dart Valley (accessible depuis Glenorchy).

Cette randonnée est décrite comme très difficile avec une ascension finale du mont Pylon dangereuse, car très abrupte et glissante. Il est envisageable d’atteindre le sommet et de redescendre en une très grosse journée de marche, mais cela implique de rester peu de temps sur place. Sachant qu’on veut pousser jusqu’à Cascade Saddle et qu’on aime prendre notre temps, on décide de le faire sur 2 jours avec bivouac. Au vu du descriptif, on vous avoue qu’on n’est pas sûre de pouvoir aller au bout, mais on accepte le challenge quitte à se dépasser.

L’aventure de la piste d’accès

Mais avant de se lancer sur le sentier, encore faut-il couvrir la route qui nous sépare de l’entrée du parc depuis Wanaka. L’accès se fait par une route non goudronnée réputée mauvaise, même si elle peut être empruntée en temps normal par des véhicules à 2 roues motrices. Du coup, on n’est même pas sûre de pouvoir atteindre les lieux avec notre van Gollum.

Si la première portion de la route est roulante, la deuxième est une toute autre histoire. Elle démarre par la traversée d’un gué assez large. Il n’y a pas beaucoup d’eau, mais c’est très rocailleux alors on avance comme sur des œufs. Puis, on alterne portion roulante et traversée de gués. Certains sont plus de grandes flaques quand d’autres sont bien remplis d’eau. La difficulté est que l’eau trouble rend compliquée l’estimation du niveau d’eau. Alors il faut reconnaître qu’on y va un peu à taton en évitant de s’embourber, sans toutefois aller trop vite et risquer d’endommager le bas de caisse. L’équilibre est difficile à trouver avec la traction d’un van ! C’est là qu’on est content d’avoir l’expérience des pistes du désert australien !

En cas de pluie, la route peut donc clairement devenir impraticable. D’autant que sur le dernier kilomètre la route est complètement défoncée ! D’énormes ornières rendent la progression périlleuse et mieux vaut bien calculer où poser les roues histoire de ne pas se retrouver avec une roue dans le vide. On est content d’arriver ! Youpi, on va pouvoir souffrir pendant 2 jours !

Note : on n’a pas pensé à prendre des photos de la route, les photos sont donc issues du blog Two Go Tiki Touring par Shellie Evans.

On aperçoit depuis la route l’impressionnant glacier de Roy Rob au sommet de la montagne.

La splendide vallée de West Matukituki

Une fois sur le parking, on se dépêche de préparer nos sacs à dos et de manger, car l’heure tourne. Il faut dire qu’on vient de Queenstown ce matin (que d’émotions aujourd’hui ! – voir notre article sur la Crown Range road). Il est déjà 14h lorsque nous sommes prêts. À ce moment-là, on est optimiste d’atteindre le bivouac avant la tombée de la nuit. Dixit « à l’aise » comme dit Pierrick !

Pour la mise en jambe, on commence par 9 km de marche dans la vallée. Heureusement, celle-ci est magnifique. On aurait bien campé ici, mais il nous resterait bien trop de kilomètres à faire le lendemain. La couleur de la rivière qui serpente la vallée est tout droit sortie d’un rêve. La seule population des lieux est le troupeau de vaches qui vague librement dans la vallée. Difficile de ne pas s’arrêter tous les 10 mètres pour prendre des photos devant tant de beauté sauvage…

Aspiring Hut – Le repos des braves, mais pas des guerriers…

Malgré le poids du sac à dos, on avance à un bon rythme. 1h30 après notre départ, on aperçoit déjà la hut. Waouh ça voudrait dire qu’on a déjà avalé les 9 km de plat ! Ah ben non, c’est l’ancienne hut (Cascade hut) aujourd’hui inutilisée. Fausse joie…

30 minutes plus tard, on aperçoit Aspiring Hut. Cette fois, c’est la bonne. Mais, les derniers mètres qui nous séparent de la hut sont pénibles, car le terrain est gorgé d’eau. Youpi ! Encore une fois, on finit les pieds mouillés ! Il va falloir qu’on pense à changer nos chaussures de randonnées qu’on a complètement détruites en Nouvelle-Zélande après 7 mois de voyage.

C’est ici que la plupart des marcheurs s’arrêtent pour passer la nuit avant d’entreprendre l’ascension le lendemain. Pour nous, le repos ce n’est pas pour tout de suite, alors on poursuit en espérant atteindre le bivouac avant la nuit. On se dit qu’au pire on campera dans la montée.

Entrée dans la forêt enchantée

Au niveau de la hut, le sentier s’enfonce dans la forêt. Ici pas de sentier en épingle, mais une ascension abrupte de la montagne. La hut est à 450 m d’altitude et on doit atteindre le sommet à 1835 m. Avec une pente à plus de 40%. On retrouve les sentiers en forêt caractéristiques de la Nouvelle-Zélande : boue, racines, rochers, etc. Ah ça nous avait manqué depuis notre périple à Earnslaw burn !

Il faut souvent escalader les racines et avec le poids du sac sur dos, la répétition de cet effort fatigue rapidement. Autant dire qu’on n’a pas particulièrement aimé cette section de la randonnée. De plus, avec ce terrain, l’ascension ne se fait pas aussi vite qu’on le pensait.

Il est autour de 17h30 quand on aperçoit enfin la lumière au bout du tunnel ! La limite de la zone alpine qui signifie la fin de cette forêt impitoyable ! Cela nous permet pour la première fois de découvrir le panorama spectaculaire de la vallée de West Matukituki. Il reste à peine 1km d’ascension, mais le pire est encore devant nous !

Une ascension finale périlleuse

Il est 18h lorsque l’on passe devant un espace propice pour planter une tente. Avec l’heure qui avance, on commence à se poser la question de s’arrêter là pour aujourd’hui. Mais, l’endroit est très exposé au vent et en bord de falaise. On n’a pas trop confiance de dormir ici, alors on continue notre chemin. L’ascension déjà abrupte dans la forêt prend une pente encore plus raide dans la zone alpine.

Au point que parfois, nous avons devant nous de véritables murs de roches à escalader. Avec le poids du sac sur le dos, le vide et la fatigue, c’est impressionnant ! À chaque fois, on se demande par où on va bien pouvoir passer ralentissant d’autant notre progression. Avec la crainte que le poids du sac à dos te fasse basculer dans le vide ! On comprend pourquoi cette randonnée est fortement déconseillée en cas de vent fort ou de pluie/neige. On a littéralement la vallée de West Matukituki sous les pieds.

Un coucher de soleil enivrant, mais oppressant

Le soleil est déjà en train de se coucher embrasant le ciel d’un ton orangé. On réalise alors le changement d’horaire de la veille et que la nuit va tomber une heure plus tôt ! Oups… Le sommet est encore loin, on avance péniblement. On essaie d’accélérer la cadence bien que nos jambes ne soient pas vraiment du même avis et que le terrain accidenté soit dangereux. Le couple est également mis à l’épreuve, car la progression de Sandrine se fait plus lente pour ne pas chuter. Il faut alors canaliser son angoisse de voir la nuit nous recouvrir en étant encore sur un terrain dangereux de la montagne. J’essaie de l’encourager en disant que le sommet est presque là. Mais, en une heure nous avons fait tout juste la moitié des 1 km restants.

De toute façon, on n’a pas d’autres choix que de continuer. Il est impossible de camper ici. Alors, tandis que j’attends Sandrine après chaque passage délicat. Je prends le temps d’admirer le coucher de soleil sur la vallée. Dans cet environnement pourtant si inhospitalier, je me sens étrangement vivant. Remplissant mes poumons de grandes bouffées d’air comme pour inscrire à jamais ce paysage jusqu’au plus profond de mon esprit. On est exténué, et un peu angoissé par la nuit qui est en train de nous envelopper doucement sur le versant abrupt de la montagne. Mais sans pouvoir l’expliquer, je ne voudrais être nulle part ailleurs. Comme si la Nouvelle-Zélande m’avait complètement envoutée par son environnement sauvage et sans pitié.

Une arrivée à la frontale périlleuse

On a de plus en plus de difficultés à voir les balises avec la luminosité qui diminue. Et sur ce terrain se tromper de chemin peut être extrêmement dangereux. On arrive donc au sommet avec un énorme soulagement, car la nuit est désormais noire. Seulement le bivouac ne se trouve pas au sommet, mais en contrebas. On n’a donc pas d’autres choix que de sortir la lampe frontale.

On ne fait pas du tout les malins à ce moment-là. Le terrain n’est guère meilleur que de l’autre côté, voir même pire, car instable par endroit. On se retrouve aussi contraint de traverser une zone en ardoise avec un angle à 50% (à vue d’œil) avec seulement quelques centimètres pour poser ses pieds. En tout ça, sans avoir la moindre idée de ce qui nous entoure et notamment ce qu’il y a en dessous ! Résultat, on avance aussi doucement que dans la montée pour ne prendre aucun risque et être sûre de voir la prochaine balise avant de perdre de vue celle qui nous précède.

Au bout d’un moment on aperçoit dans le noir, la cabine des toilettes installée pour le bivouac en contrebas. On termine donc la descente, soulagés, mais exténués. Il est 20h, et on a finalement marché 6h quasiment non-stop pour cette première journée de trek.

Une soirée sous les étoiles

Il faut encore trouver la force d’installer notre campement. On décide de rester à proximité des toilettes par commodité. De toute façon on est seul dans les parages, alors un petit coin plat suffit à notre bonheur. On installe rapidement notre équipement, avant de cuisiner une petite collation.

Ce soir au menu une bonne soupe de nouilles chinoises. Enfin ça c’était sans compter sur notre réchaud qui s’éteint en cours de cuisson. Impossible de le rallumer. Merde ! Les pâtes n’ont même pas eu le temps de cuire. Sandrine s’en contente, mais moi ça ne passe pas du tout. Alors je me replis sur les collations avant de se coucher. C’est étrange et un peu angoissant de ne pas connaître l’environnement qui nous entoure. Est-on près d’une falaise ? On entend une rivière, est-elle loin ? On a tout juste le temps d’y réfléchir qu’on sombre dans les bras de Morphée !

Un réveil pas comme les autres

La nuit a été fraiche. On a bien fait de traîner une couverture polaire du van. Ainsi, on a pu passer une nuit correcte. Lorsqu’on sort la tête de la tente, on découvre enfin le paysage qui nous entoure pour la première fois. On est au milieu de deux montagnes enneigées au sommet, au milieu desquelles une rivière a dessiné un canyon. D’ailleurs, il a fait moins de 0ºC cette nuit, car la rivière est gelée par endroit. Nous sommes chanceux, la lumière est magnifique ce matin. Comme on n’a pas de réchaud, on zappe le petit déjeuner et on part directement pour Cascade Saddle.

Le col de Cascade (alias Cascade Saddle en anglais)

Pour arriver au col, on n’a pas le choix que de traverser le ruisseau. On construit donc à l’aide de pierres un passage pour éviter de tremper les pieds dans l’eau glaciale. Le reste du sentier est une balade de santé par rapport à la veille, c’est tout plat. Le seul hic est que la zone est humide et que nos pieds finissent une nouvelle fois inévitablement mouillés. Au bout d’une petite heure, on arrive à Cascade Saddle. La vue sur la vallée de West Matukituki avec la montagne qui plonge à pic est vertigineuse. Voilà la récompense de nos efforts.

Ça ne s’arrête pas là, car de l’autre côté, on découvre avec surprise le glacier de Dart comme une langue blanche au creux de la vallée. On ne pensait pas voir un tel paysage sur ce trek ! Et encore moins d’aussi près ! Le glacier est à peine à quelques dizaines de mètres. Du coup, il nous paraît encore plus impressionnant que le glacier Fox ou Franz Josef de la West coast.

Difficile de vivre une expérience plus authentique ! On est seul avec aucune trace de la civilisation humaine ! Seul le vent donne vie aux herbes hautes de la zone alpine. Et, les craquements du glacier viennent nous rappeler que ces géants de glace sont vivants. Dans ces moments, la vie semble comme suspendue et le temps passe à une vitesse folle. Mais, on a retenu la leçon de la veille, hors de question de refaire la même erreur aujourd’hui. Alors, après avoir rempli nos bouteilles à une petite cascade (difficile d’avoir de l’eau plus pure que celle qui sort tout juste du glacier !), on rebrousse chemin jusqu’au campement.

Panorama depuis le mont Pylon

Comme on veut avoir le temps de profiter du sommet du mont Pylon, on plie le camp en un temps record. Dans la montée, on découvre le chemin emprunté de nuit la veille. Et là on ne peut s’empêcher de se dire : on est des malades quand même ??!! Surtout lorsqu’on franchit le passage avec l’ardoise même si le versant est moins à pique que l’autre côté.

Ascension du mont Pylon depuis Cascade saddle

Pendant l’ascension, la vue sur cette petite vallée se dévoile à nous pour la première fois. Et c’est également grandiose avec les ravines creusées dans la montagne par l’érosion et au loin le glacier.

Arrivés au sommet du mont Pylon, on croise un autre marcheur. Le premier depuis hier ! Nos ventres crient famine. C’est l’endroit parfait pour une pause casse-croute devant le panorama de mère Nature. Après la montée contrainte par le temps hier, on ne boude pas notre plaisir !

Une descente tout aussi périlleuse

Lorsqu’on se remet en chemin, la fatigue est là, mais elle est masquée par l’adrénaline de la descente. Déjà un véritable défi dans le sens de la montée, le parcours se révèle encore plus difficile dans ce sens. Tu fais face au vide quand il était dos à toi la veille et puis c’est encore moins évident de voir où poser ses pieds et s’accrocher. Impossible de descendre plus vite que la montée. À la différence de la veille, on prend plus le temps d’admirer le paysage.

On n’est pas mécontent de pouvoir baisser notre garde lorsqu’on arrive à l’orée du bois ! Cela annonce un sentier un peu moins dangereux.

Un retour interminable

Aux alentours de 17h, on sort enfin du bois pour déboucher sur la vallée et Aspiring Hut. Mais, on a un grand coup de fatigue. Il faut dire qu’avec notre aller-retour à Cascade Saddle, on a déjà marché 6h aujourd’hui. On décide donc de se reposer un moment pour recharger nos batteries avec des barres de céréales.

Le retour dans la vallée nous paraîtra interminable. Nous avions mis 2h à l’aller, mais avec la fatigue, il nous en faudra bien plus. Alors, c’est encore une fois à la lampe frontale et de nuit qu’on finit cette journée de randonnée. Mais quelle expérience inoubliable !

Notre avis

L’ascension du mont Pylon (souvent confondu à tort avec Cascade Saddle) n’est clairement pas à prendre à la légère. Destinée avant tout aux randonneurs expérimentés, mieux vaut s’enquérir auprès du DoC de l’état du sentier avant d’entreprendre l’ascension. C’est clairement un des treks les plus durs (avec l’ascension du mont Taranaki) de tout notre séjour en Nouvelle-Zélande !

Mais le panorama à la clef est à la mesure de l’effort : grandiose, exceptionnel, indescriptible. Non seulement sur la vallée de West Matukituki, mais aussi sur le glacier de la Dart Valley. On recommande vraiment de faire le trek sur 2 jours pour pouvoir pousser jusqu’à Cascade Saddle (et pourquoi pas camper à quelques mètres du glacier) et ainsi profiter plus grandement de l’endroit sans être trop pris par le temps.

Alors, te sens-tu d’attaque pour affronter l’ascension du mont Pylon et de Cascade Saddle ?

Expérience :   
Le challenge de la randonnée de Cascade Saddle
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2018-09-02T17:39:44+00:000 commentaire

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