Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Il est 9h du matin et après plus de 4000 km de bitume avalés en 4 jours sur les routes australiennes, on s’apprête à franchir la porte d’entrée du parc national Purnululu ! Ce lieu attise notre curiosité depuis longtemps pour ses dômes rocheux rayés en forme de ruches surnommés les Bungle Bungle. Pour la petite histoire, ces formations géologiques existent depuis des millions d’années et sont vénérées par les aborigènes depuis au moins 40 000 ans. Pourtant, la chaîne des Bungle Bungle a seulement été portée à la connaissance du monde en 1983, avant d’être classée au patrimoine mondial en 2003. On est donc enfin à deux doigts de concrétiser notre rêve!

On n’aura pas ménagé nos efforts…

Pour en arriver là, on en aura vécu des choses ! En novembre 2015, on avait fait une première tentative pour découvrir le parc. Mais, après avoir parcouru plus de 1000 km de piste et avalé une quantité astronomique de sable en plein désert sur la Tanami, on avait trouvé le parc fermé pour la saison à cause d’orages de pluie précoces. On était très déçu, pour ne pas dire dégouté… (voir notre article sur  S’aventurer en plein coeur du désert australien sur la Tanami track). Notre déception était tellement grande qu’on avait d’ailleurs fait une énorme entorse à notre budget en nous payant un survol en avion. Celui-ci n’avait pas pour autant entièrement comblé nos attentes (relire notre article : Purnululu et la région des Kimberley vus du ciel).

Voiture pour un séjour dans l'outback australien

Voilà à quoi ressemble la voiture pour un séjour de plusieurs semaines dans l’outback !

Cette frustration explique en partie notre retour sur la côte Ouest australienne quelques mois plus tard. Cette fois, pour des raisons de budget, on a loué un campervan. C’est beaucoup moins cher qu’un 4×4 dont le prix de la location double pour un itinéraire aller-simple (Perth – Darwin). Tu me diras, c’est pas plus mal pour le confort! Par contre, ce n’est clairement pas optimal pour découvrir les coins les plus reculés du Western Australia.

Du coup, après 1700 km de route avalés en 2 jours depuis le parc national Karijini, on se retrouve pour la deuxième fois devant la piste d’accès à Purnululu. Mais, pour affronter les 50 km de piste défoncée avec plusieurs rivières à traverser, il nous faut obligatoirement un véhicule à 4 roues motrices et avec une bonne hauteur de caisse. Autant dire tout l’inverse de notre van ! Notre motivation est telle qu’on a bien envisagé d’y aller à pied ou en faisant du stop, mais les points d’eau et les points d’intérêts sont encore distants de plusieurs dizaines de kilomètres à l’intérieur du parc. Alors, cela aurait rendu la logistique de notre exploration du parc très complexe. Ce n’était donc pas encore pour cette fois.

Tout ça pour dire qu’on a opté pour la solution la plus simple, mais pas la plus économique et écologique : rendre notre campervan à Darwin comme prévu et louer un 4×4 (un Mitsubishi Parejo) pour revenir ensuite sur les lieux explorer la région des Kimberley. Cela veut donc dire qu’on doit encore avaler 1 100 km de route pour rejoindre Darwin et refaire ces 1 100 km pour revenir au départ de la piste d’accès à Purnululu. Youpi… ou pas! Voyager en Australie c’est aussi ça : conduire sur de longues, très longues distances…. Autant dire que cela laisse le temps de réfléchir en chemin ! Heureusement la région offre des paysages splendides avec les baobabs qui ornent le bord de la route.

Sur le chemin de retour depuis Darwin

Dégonflage des pneus pour un séjour dans l'outback australienOn est sur le chemin du retour dans notre 4×4 de compétition chargé à ras bord avec notre reserve de carburant, de nourriture et d’eau, et la concrétisation de notre rêve se rapproche au fur et à mesure que les kilomètres défilent. Pourtant, on a perdu toute notre énergie. Il faut dire qu’avaler près de 4 000 km de route en un peu plus de 4 jours, ça met les batteries à plat !

On s’arrête à la dernière roadhouse (sorte de station service) à Warmun pour dégonfler les pneus du 4×4. Car, un pneu légèrement sous-gonflé diminue le risque de crevaison sur les pistes rocailleuses comme celle qu’on va emprunter. Il faut dire que la mésaventure qu’on avait connu sur la piste de Larapinta (relire notre article : Kings Canyon – Un petit air d’Ouest américain au milieu du désert australien) nous a servi de leçon ! Alors, on se met dans les meilleures conditions possibles pour affronter la piste réputée cassante pour éviter une nouvelle désillusion.

Avec la fatigue cumulée de ces derniers jours, on opte pour une bonne nuit de sommeil avant de s’attaquer aux 50 km de piste qui nous séparent du parc national Purnululu. On profite pour cela de la dernière aire de repos quelques kilomètres avant la bifurcation de la piste. Après ces semaines passées dans le confort du van, on doit se réhabituer au montage de la tente et au confort un peu plus sommaire. Pour nous donner un peu de baume au coeur, la nature nous offre ce soir-là un magnifique coucher de soleil. Pouvoir vivre si proche et en permanence dans cette nature encore totalement sauvage est incontestablement un des bonheurs irremplaçables de l’Australie !

Région de Kimberley en Australie

La piste d’accès

Après une bonne nuit de sommeil, on se sent bien plus frais pour s’attaquer à la piste. La brochure du parc indique qu’il faut compter 2h à 2h30 pour réaliser les 50 km. Ça annonce la couleur ! Il est 9h lorsqu’on passe le portail d’entrée. Pas de panneau affichant la fermeture du parc, cette fois c’est la bonne!

Piste d'accès au parc national PurnululuLa piste est effectivement très rocailleuse, on comprend vite pourquoi il est facile de crever et qu’il est conseillé de diminuer la pression de ses pneus. En adoptant une faible vitesse, cela ne pose pas de problème majeur mais, il faut rester vigilant en permanence. La piste serpente également au milieu des collines. C’est un peu les montagnes russes ! Il faut d’autant plus rester prudent que la piste est étroite et la visibilité dans les virages quasi nulle. Chaque rencontre avec un autre véhicule se fait donc au ralenti. Heureusement, on ne croise pas grand monde dans ce coin de l’Australie!

Pendant le trajet, on traverse aussi plusieurs lits de rivières, parfois asséchés et sableux, parfois rocailleux et remplis d’eau. Mais, une fois le mode 4L (low range) de notre 4×4 enclenché, on ne rencontre aucune difficulté et c’est même plutôt amusant. Par contre, on comprend vite pourquoi il faut avoir une hauteur de caisse importante, car certaines rivières sont assez profondes. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette piste n’est pas monotone. Les derniers kilomètres sont plus faciles, car plus plats. Le plus traître est finalement l’énorme dos-d’âne de terre qui a été créé par les rangers pour faire ralentir les voitures juste avant d’arriver au centre d’information.

Mauvaise surprise à l’arrivée…

Parc national PurnululuDès notre arrivée, on se rend au centre d’information du parc pour réserver un emplacement de camping. On est surpris de constater qu’on ne peut pas réserver sur place le camping qui est situé dans la partie sud du parc (Walardi camp). C’est justement la partie qui nous intéresse le plus, car c’est là qu’on peut y observer les formations des Bungle Bungle. Il faut obligatoirement le faire à l’avance par internet ! Un peu aberrant sachant qu’il n’y a pas d’internet à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde dans cette partie très isolée des Kimberley… Et bien sûr aucun réseau téléphonique !

L’autre camping se trouve dans la partie nord du parc. Mais, cela impliquerait de faire des allers-retours entre la section nord et sud qui sont distantes de plus de 30 km par une piste de terre et sans possibilité de faire le plein de carburant dans les environs. Alors, on cherche une autre solution pour limiter les allers et retours. On découvre alors qu’une randonnée nommée “Piccaninny Gorge” peut être faite sur plusieurs jours au milieu des Bungle Bungle. Pour cela, il faut s’enregistrer au centre d’information qui oblige de louer un téléphone satellite pour être en mesure de contacter les secours en cas de besoin, car la zone est très isolée. Après avoir fait les formalités d’usage, on quitte les lieux qui de toute façon ressemblent plus à une petite boutique qu’à un centre d’information sur le parc national.

Trekking dans la gorge de Piccaninny

L’excitation monte d’un cran pendant les 27 km de piste supplémentaire qui séparent le centre d’information de la section sud du parc. La piste est en bon état et se fait sans encombre. En chemin, on fait un arrêt vers les premiers dômes dont certains ont une forme d’éléphant.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Un peu plus loin, la route surplombe la chaîne des Bungle Bungle qu’on peut admirer au loin, avant de se rapprocher petit à petit en descendant jusqu’au parking. Voir ces formations rocheuses de mes propres yeux est un rêve qui devient réalité! Je me souviens encore comme si c’était hier lorsque j’avais découvert ces formations rocheuses dans un numéro du magazine Géo. À l’époque, je ne pensais même pas un jour être en mesure de les voir de mes propres yeux !

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Une fois sur le parking, on se lance avec excitation dans la préparation de nos sacs à dos, pressés de partir à la découverte de ces merveilles ! Il nous faut être totalement autonome en eau et nourriture pour au moins 3 jours. Le seul point d’eau sur la randonnée n’étant pas garanti. Avec la chaleur qui sévit deans la région, il faut compter un minimum de 3L d’eau par jour par personne soit 9-10 kg à porter chacun juste pour l’eau. À la fin, on ressemble à tortue Géniale avec notre carapace sur le dos qui pèse clairement son poids. Ça va être sportif !

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Jour 1 – Déambulation au milieu des Bungle Bungle

Malgré le poids du sac à dos, l’excitation nous donne des ailes. On démarre donc le trek plein d’enthousiasme en milieu de journée, au moment où le soleil est au zénith. Ce n’est pas l’idéal, mais avec le temps qu’il nous a fallu pour arriver à l’intérieur du parc et préparer notre sac, on n’a pas vraiment le choix. De toute façon, notre attention est très vite accaparée par les dômes orange et noir éparpillés autour de nous.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Les bandes grises/noires proviennent de la présence de cyanobactéries tandis que les couches orange proviennent de l’oxyde de fer. On profite pleinement de chaque seconde qui s’écoule après toutes ces péripéties pour être là. L’appareil photo fonctionne à plein régime pour immortaliser cette beauté surréelle sortie de l’imagination de Dame nature.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Le sentier remonte le lit asséché de la rivière Piccaninny. Au départ, le lit de la rivière est fait de roches grises sculptées par les torrents d’eau qui s’écoulent ici lors de la saison des pluies (de décembre à avril). Au bout de 3 kilomètres de marche, on arrive à un panneau qui indique The Window. On fait donc un petit détour pour observer un trou sculpté dans la roche, comme une fenêtre sur le parc.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Plus tard, les rochers du lit asséché de la rivière laissent place à du sable et du gravier. Le seul être vivant qu’on croise sur notre chemin est un serpent jaune, qui tient une proie dans sa bouche. Seule une patte sort de sa bouche, cela semble être celle d’une grenouille. Notre arrivée l’effraie et il se cache en vitesse dans un petit bassin à proximité. Moi qui pensais justement m’y tremper les pieds… L’envie est stoppée nette. Avec le poids du sac à dos, le sable et… les nombreux arrêts photo, notre progression est lente. Mais, on ne boude pas notre plaisir après tant d’attente.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Il est à peine 17h lorsque le soleil commence déjà à se coucher. Il faut dire que la nuit tombe très tôt dans ce ce coin de l’Australie à cette période de l’année. La lumière enflamme les Bungle Bungle. Dommage que ces moments soient toujours aussi fugaces.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Un peu plus loin, les Bungle Bungle se resserrent et s’agglomèrent pour commencer à former une gorge.

La nuit commence à tomber, alors après le spectacle, il est temps de trouver un endroit où dormir. Pour des raisons de sécurité, on préfère prendre un peu de hauteur par rapport à la rivière. Même si on est en période sèche, un orage peut toujours survenir dans la région et transformer le lit asséché de la rivière en torrent. Par chance, on trouve un lit de sable un peu en hauteur dans la gorge. Des rochers à côté permettent de nous assoir et de poser notre équipement sans l’ensabler. C’est parfait. On a tout juste le temps de monter notre campement que l’obscurité envahit déjà la gorge. Après avoir avalé notre repas, la fatigue se fait sentir. Finalement, on n’a pas fait beaucoup de kilomètres cet après-midi. Seulement 8 km en 4h. On met cela sur le compte des pauses photographies et du poids du sac qui ralentit notre progression. Cela a été dur physiquement, le dos et les épaules sont douloureux, mais la magie des lieux nous fait vite oublier ces petits désagréments.

Nous sommes seuls dans les lieux et la première ville est à plusieurs centaines de kilomètres. C’est une expérience extraordinaire et difficilement descriptible que de dormir dans un tel lieu en pleine nature. Un calme absolu règne dans les lieux. Seule une légère brise vient refroidir nos articulations mises à rude épreuve dans la journée. Le ciel étoilé est majestueux. Après une telle journée, il ne nous faut pas longtemps pour tomber dans les bras de Morphée.

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Jour 2 – Exploration de la gorge de Piccaninny

Au réveil, l’ambiance des lieux est féérique. Une légère brise anime la végétation qui nous entoure et le chant des oiseaux inonde la gorge. C’est comme si une force spirituelle habitait les lieux. Le chant d’un oiseau nous donne même l’impression qu’un aborigène joue de la flûte. Voici un enregistrement vocal pour essayer de te transmettre cette atmosphère :

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Aujourd’hui, notre objectif est d’explorer la gorge de Piccaninny. On décide de laisser notre campement en place pour s’alléger, car on est à seulement 2 km du bassin de Black Rock. C’est le seul point d’eau susceptible d’être potable sur le trek (après traitement chimique ou par ébullition). Cela nous permettra de nous ravitailler en cas de besoin. Au fur et à mesure de notre avancée, le paysage qui nous entoure change progressivement. Le contraste entre les Bungle Bungle orange/noir, le ciel bleu et la végétation verte est tout simplement splendide!

Bungle Bungle dans le parc national Purnululu

Après le coude de la rivière, les Bungle Bungle laissent définitivement place à des falaises abruptes de plusieurs centaines de mètres. On se sent minuscule au pied de ces colosses de pierre ! Et au creux de ces falaises, la température grimpe encore de quelques degrés !

Pour s’approcher du bassin de Black Rock, on doit crapahuter sur des rochers. Il nous aura bien fallu 1h depuis notre campement malgré les 2 km seulement de distance. À l’arrivée, on découvre un charmant bassin au pied des hautes falaises. Il y a effectivement de l’eau, ce qui nous permet de nous ravitailler, car avec la chaleur nos réserves baissent à vue d’oeil. Il y a bien quelques araignées d’eau qui se baladent à la surface, mais l’eau est d’une belle limpidité contrairement à la plupart des bassins qu’on a croisés en chemin. Comme l’eau doit rester potable, il est interdit de se baigner dans le bassin. Dommage, car c’est vraiment tentant. D’ailleurs, quelques traces de pas indiquent que la consigne ne semble pas toujours respectée. On flâne un moment à l’ombre des falaises autour du bassin, bercé par le bruit du vent dans les feuilles des palmiers qui entourent le bassin.

On ne s’éternise pas non plus, car on a encore beaucoup de marche. En marchant dans le sable et les gravillons, on avance à vitesse d’escargots même avec une charge sur le dos moins importante. Au départ, c’est vraiment impressionnant de se retrouver au fond de la gorge avec ces immenses falaises. Mais au fur et à mesure de notre avancée, le paysage finit par se ressembler.

Canyon dans le parc national Purnululu

Seule l’escalade d’un énorme rocher tombé au fond de la gorge vient un peu casser la monotonie qui s’installe. On est aussi frappé de voir pleins de corps desséchés de grenouilles qui jonchent le sol. On suppose qu’elles n’ont pas su retrouver de point d’eau, car les bassins sont presque vides en ce début de saison sèche. La plupart sont minuscules, d’une couleur verdâtre et le tout avec des poissons morts qui flottent… Sympa, non ? À 11h, nous sommes à peine vers le premier bras de la gorge (il y en a 5), environ 4 km après le bassin. On a donc fait seulement 6 km en 3h ! On explore ce bras de la gorge, mais il n’y a rien de bien spectaculaire. On est moins emballé par le paysage de cette section que celui avec les Bungle Bungle.