L’histoire douloureuse des tribus aborigènes en Australie

Tribu d'aborigènesEn plus des magnifiques paysages de l’outback australien dans le centre rouge (red center en anglais), on retiendra de cette région l’histoire douloureuse des tribus aborigènes en Australie, étrangement méconnue au niveau mondiale. Pour ceux qui ne connaissent pas, les aborigènes sont les premiers habitants de l’Australie depuis au moins 40 000 ans. Ils se reconnaissent facilement en raison de leur couleur de peau, mais aussi à leur faciès caractéristique. Ils sont toutefois loin du cliché des individus à moitié nus et habillés d’une peau de bête. Ils ont désormais adopté les vêtements « modernes ». On n’a malheureusement pas de photos à te partager par respect pour ces personnes et leurs croyances.

Il faut savoir qu’il n’est pas facile de rentrer en contact avec un aborigène, principalement en raison de leur histoire conflictuelle avec les colons. On a beau dire ce qu’on veut, mais notre couleur de peau nous associe à ces colons. Attention, je ne dis pas que c’est impossible mais tout simplement que cela prendra beaucoup de temps et de patience avec aussi un peu de chance. Car l’histoire entre ces deux cultures diamétralement opposées est encore lourde. Voici les éléments qu’on a pu apprendre au cours de notre périple.

Organisation en tribu nomade

Carte des tribus AborigènesLes aborigènes sont composés de plusieurs centaines de tribus éparpillées sur le territoire australien. Chaque tribu a sa propre langue, ses traditions et ses légendes. Les aborigènes de deux tribus différentes peuvent donc être dans l’incapacité de se comprendre. Cette organisation en tribu révéle un sens de la communauté important. Il n’est pas rare de voir des membres d’une tribu se rassembler dans un parc de la ville pour manger ou échanger, toutes générations confondues.

Avant la colonisation, les Aborigènes se déplaçaient au sein de larges territoires. Ils vivaient de chasse, de cueillette et de pêche en petits groupes. La fréquence de leurs déplacements variait selon les régions en fonction des ressources en eau et en nourriture. Aujourd’hui, il y aurait autour de 650 000 – 700 000 indigènes en Australie soit moins de 3% de la population. C’est cet éparpillement et cette diversité qui font courir un risque de disparition des aborigènes dans le monde moderne. Comme le dit si bien le dicton, on est toujours plus fort ensemble que divisé.

Temps du rêve

La culture aborigène repose en grande partie sur le Temps du rêve ou « Dreamtime » en anglais. Cette notion regroupe leurs légendes, mais aussi certaines règles qui régissent leurs traditions et leur mode de vie. Peinture Rainbow serpent des AborigènesC’est donc un concept très vaste, puisque cela va des cérémonies rituelles pour leurs ancêtres aux chants en passant par les processus de fabrication de certains objets.

Ainsi, selon les croyances des Aborigènes, les rochers, collines et lacs portent l’empreinte des esprits créateurs. Quelques rares explications sont partagées dans les parcs nationaux ou les réserves et permettent de prendre connaissance d’une partie de ces légendes. Notamment les histoires concernant la création du monde et la formation des paysages qu’on peut aujourd’hui admirer comme Uluru, Mirama, Devils marbles, etc.

Mais, ces légendes sont uniquement transmises de génération en génération d’Aborigènes. Il n’y a aucun écrit de ces mythes et ces traditions. C’est pourquoi aujourd’hui la culture aborigène est en grand danger de disparaître, car la diffusion se fait de moins en moins entre la jeune génération et leurs ainés.

Leur appartenance à la terre

Le mode de vie des aborigènes est justement fortement lié à la terre où ils sont nés. En effet, leur croyance implique une profonde connexion avec leur territoire. C’est pour cela qu’on retrouve de nombreux lieux sacrés propres à chaque tribu, où ils se retrouvent pour des cérémonies ou des rites ancestraux.

Les Aborigènes ont une conception totalement différente de la propriété que celle de notre société « moderne ». En effet, ils considèrent qu’ils appartiennent à la terre de leurs ancêtres plutôt que le territoire leur appartient. « Être propriétaire » d’un lieu pour un Aborigène est donc tout simplement impossible. Ce qu’il possède est uniquement une obligation morale de protéger ses lieux sacrés et d’honorer les ancêtres qui les ont créés. Autant te dire que cette relation particulière avec la propriété à fortement joué contre les aborigènes dans la colonisation.

L’art aborigène

L’art joue un rôle prépondérant dans la culture aborigène et notamment dans la transmission de ses traditions et ses légendes. Ainsi, cet art riche en histoire, peinture, chant et danse est le moyen utilisé par les Aborigènes d’une tribu pour transmettre leur savoir et leur appartenance à une terre. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de voir que la peinture joue un rôle primordial qu’elle soit corporelle, sur des rochers ou sur un autre support.

Les ravages de la colonisation

Les Aborigènes appartiennent seulement à leur terre en l’honorant par le chant, le dessin ou la danse. Par conséquent, il leur a été très difficile de fournir des preuves de propriété lors de la colonisation. Eh oui, dans la culture aborigène, pas de titre de propriété, pas de notaire. Les Anglais en ont donc profité pour déclarer l’Australie comme « terra nullius » c’est-à-dire sans propriétaire et leur voler leur terre.

Colonisation des terres AborigènesAlors, imaginez leur ressenti lorsqu’ils ont été déplacés et parqués dans des réserves loin de leur environnement ancestral. Aujourd’hui, on les voit errer dans les rues des villes comme Alice Springs. Ils semblent perdus au milieu de cette modernité et de cette société de consommation qui est loin de leurs valeurs.

Avec la perte de leur terre ancestrale, les aborigènes ont également perdu leurs ressources et une grande partie de leur mode de vie. Ils ne peuvent plus cueillir de plantes ou chasser parce que les terres sont devenues privées ou les espèces protégées (quand elles n’ont pas carrément disparu à cause de l’agriculture intensive).

Les colons ont également utilisé les connaissances exceptionnelles des aborigènes concernant leur territoire afin de leur voler leur savoir, comme par exemple où se trouve les réserves en eau. Ainsi, les aborigènes ont petit à petit perdu leurs racines et leur identité.

Les générations volées

Mais, les dégâts de la colonisation ne s’arrêtent pas à prendre les terres aux aborigènes. On a découvert dans le musée de Geraldton (Western Australia), l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’Australie. Pendant près d’un siècle et jusqu’en 1970, des centaines de milliers d’enfants métis ont été arrachés de force à leur famille sur ordre du gouvernement. Ces enfants étaient ensuite placés dans des orphelinats pour être éduqués de force « à l’européenne ». Enfants AborigènesCette partie de l’histoire complètement passée sous silence dans les manuels d’histoire en France est pour nous un véritable choc. L’objectif était bien sûr d’assimiler les Aborigènes pour faire disparaître leur mode de vie. Les coutumes et traditions de l’homme blanc ayant valeur d’exemple.

On ne peut que te conseiller de regarder le film Rabbit-Proof Fence (« Le Chemin de la liberté » en français) sorti en 2002 par le réalisateur Phillip Noyce. Ce film raconte l’histoire vraie de trois jeunes filles enlevées de force à leur mère qui décident de s’enfuir de l’orphelinat où elles sont retenues contre leur gré. C’est le point de départ d’une évasion de près de 2 400 kilomètres à travers le désert australien pour tenter de rejoindre leur terre. Cette histoire donne une idée des souffrances vécues par ces tribus. De plus, ce film fait prendre conscience du rapport fusionnel que les Aborigènes entretiennent avec la nature, car ces enfants ont réussi à survivre seules dans le désert pendant plusieurs semaines.

Pour s’immerger un peu plus dans cette culture ancestrale, on te conseille également le récit Aborigènes : Avec les derniers nomades d’Australie de Eddie Mittelette. Si ce livre ou le film t’intéresse alors n’hésite pas à l’acheter sur Amazon en cliquant sur le lien ci-dessous. On recevra une petite partie du montant de ta commande sans que cela ne te coûte plus cher. Cela nous permettra de continuer à alimenter ce blog. Merci de ton aide.

Un processus de réconciliation

La condition des Aborigènes a commencé à s’améliorer à la fin des années 1960. Sous l’impulsion de mouvements militants, ils obtiennent la citoyenneté et la garantie d’un salaire minimum. Puis un drapeau aborigène est créé pour appuyer la revendication des terres ancestrales.

australian-aboriginal-flag-3000x2000-wallpaperLe moment fondateur de cette réconciliation est la signature de l’Aboriginal Land Rights Act en 1976. Il garantit le droit à la terre pour certaines communautés d’Aborigènes et certains territoires sont rendus. Mais, il faut attendre 1992 pour que la Haute Cour australienne annule le principe de la « terra nullius ». Pour la première fois, elle fait reconnaître des titres de propriété de terre aux aborigènes.

Mais tout n’est pas résolu aujourd’hui. La situation des Aborigènes reste encore très précaire et on perçoit encore dans la société australienne un certain racisme. En effet, les préjugés ont la vie dure, car chacun juge l’autre en fonction de sa culture et de ses traditions. Par exemple, lorsqu’un aborigène discute avec quelqu’un d’autre, il ne regarde pas dans les yeux. Comme quoi, ce qu’on considère comme un prérequis de la communication dans nos cultures occidentales n’est pas une vérité universelle. De même un aborigène « travaille » uniquement pour se nourrir, pas plus, pas moins. La société de consommation leur est étrangère.

La manière de vivre et les traditions des aborigènes restent donc différentes de notre mode de vie occidental. L’histoire les a contraints à s’adapter sous peine de disparaître. Il est fréquent d’observer des Aborigènes déambuler comme des zombis dans les villes de l’Outback australien. Ils sont encore aujourd’hui trop souvent touchés par l’alcoolisme, la drogue, la délinquance et le chômage… qui peuvent conduire au suicide ou à la violence.

Alors si toi aussi tu rencontres des Aborigènes pendant ton voyage en Australie, ne les juge pas trop vite et surtout pas au regard de ta culture occidentale. Au contraire, prend le temps de t’immerger dans cette culture et son art ancestral et respecte leurs croyances dans les lieux sacrés que tu visiteras (comme par exemple ne pas escalader Uluru…). Eh oui, toi aussi en tant que touriste tu as un rôle à jouer dans le processus de réconciliation.

Réconciliation Aborigènes - Colons blancs

Pour terminer cet article voici une citation issue du livre Message des hommes vrais au monde mutant : Une initiation chez les aborigènes de Marlo Morgan qui traduit bien notre sentiment sur la culture Aborigène :

Au contact des Aborigènes, on apprend à remplacer les médicaments par les plantes, les téléphone par la télépathie, le stress par la communion avec la nature et les animaux. Recevoir les dons généreux du hasard, devenir réel, entendre les messages de la nature auxquels nous sommes devenus sourds : tel est l’enseignement de cette culture insolite qui nous ouvre les portes d’une sagesse vieille de cinquante mille ans. Écoutons battre, jaillies du désert, les pulsations d’une vie très ancienne : un monde de pureté nous est offert.

L’histoire douloureuse des tribus aborigènes en Australie
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2017-09-18T01:25:08+00:0014 décembre 2016|Australie, Rencontrer|4 Commentaires

4 Comments

  1. Konrad Michelle 19 mai 2017 à 10 h 07 min - Répondre

    Bonjour,
    Y-a- t’il encore des tribus nomades ?
    Je cherche à rejoindre une tribu nomade qui m’accepterait et qui me permettrait de partir avec elle dans le désert.
    Merci de me tenir informée de toute possibilité aussi minime soit elle.
    A bientôt de vos nouvelles
    Michelle

    • Pierrick & Sandrine 21 mai 2017 à 2 h 33 min - Répondre

      Bonjour Michelle,

      On ne pense pas qu’il existe encore des tribus nomades, mais des tribus sédentaires oui. De notre côté, on a seulement effleuré cette culture à travers les parcs nationaux et les musées, car c’est très difficile d’accès sinon.

      Tu devrais trouver des tribus sédentaires dans les réserves. Il faut généralement un permis pour y accéder. Certaines communautés sont accessibles via la Tanami road (Tanami desert) ou sinon dans les Kimberleys. Mais, on ne peut te dire si l’expérience est authentique ou pas. Sinon, Eddie Mittelette est allé à la rencontre d’une tribu plus isolée, la tribu des Martu. Il était resté pendant plusieurs mois et raconte son expérience dans son livre, peut-être que c’est une piste.

      J’espère que ces informations te seront un minimum utile et que tu trouveras une expérience enrichissante. N’hésite pas à nous la partager, on serait ravi d’en apprendre plus sur cette mystérieuse culture.

      Au plaisir,
      Pierrick et Sandrine

  2. Christine Muguette Mourguet 9 juin 2018 à 5 h 00 min - Répondre

    Bonjour,
    Je suis auteur auto-éditée d’un livre pour enfants sur les aborigènes qui l’intitule LE CHANT DE LA MANGROVE. Je cherche des coups de pouce promotionnels. Si cela vous tente de me découvrir, je vous attends sur ma page facebook Christine Mourguet auteur. A bientôt j’espère.

    https://www.amazon.fr/Chant-mangrove-Christine-Mourguet/dp/1980610525/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1528510939&sr=8-1&keywords=Le+chant+de+la+mangrove

    • Pierrick & Sandrine 19 juin 2018 à 17 h 35 min - Répondre

      Bonjour Christine,

      J’ai regardé la description de votre livre et cela me donne envie de connaître la suite :-). Nous avons été très touchés par la culture aborigène alors on serait heureux de pouvoir contribuer à la faire connaître.

      Contenteriez-vous à nous faire parvenir un exemplaire ? On sera plus légitime pour donner notre avis et ainsi le mettre plus en avant.

      Cordialement

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